Témoignage

Très cher Yapo junior, Très chère Amélie.

Ce soir-là un banquet nous était offert à l’occasion de votre union. De ma table baptisée « Malabo », j’écoutais attentivement les paroles du papa Delmas et du papa Yapo.

A la fin, j’étais tenté comme certains l’ont fait de prendre la parole pour dire merci aux deux mères.

Merci maman Yapo.

Merci maman Delmas.

Merci les mamans.

Neuf mois, vous nous portez dans votre ventre, c’est long, une éternité.

Maman vous êtes la bonté.

Maman, vous êtes la force tranquille.

Maman vous êtes la paix, la sagesse.

Je sais maintenant pourquoi vous ne prenez pas la parole, pourquoi vous laissez vos hommes parler.

Ceux qui savent ne disent rien.

Ceux qui savent, font simplement.

Dans votre ventre nous sommes en sécurité

Dans votre ventre nous connaissons l’amour.

Nous apprenons déjà le partage.

C’est dehors (Dur dur d’être bébé) que livré à la famille, nous apprenons la différence, l’égoïsme.

Nous prenons conscience de la couleur de notre peau, de la richesse et de la pauvreté, de la guerre aussi hélas!

Ce soir-là, nos deux papas m’ont donné l’image de deux généraux (fiers d’eux-mêmes) qui n’avaient pas maitrisé le téléguidage de leurs missiles respectifs : d’où leur affolement à l’approche du but.

Cela nous a permis d’entendre ces savoureux monologues, une joute oratoire dont nous avons extrait quelques morceaux pimentés à notre gré.

Papa Delmas (de sa cabine de pilotage).

"Je ne contrôle plus la situation, le missile Amélie m’échappe, il a dévié de sa trajectoire. Je l’ai orienté vers un champ de blé, voilà qu’il se dirige vers un champ de café, c’est dangereux."

Papa Yapo (de sa cabine)

"Je ne contrôle plus la situation, le missile Yapo junior a dévié de sa trajectoire, malgré les grigris qui l’entourent, un ange non un démon lui met la poudre aux yeux, c’est dangereux."

Pendant ce temps le missile Amélie, cheveux au vent, tout là-haut lancé à la vitesse que vous savez ; sa trajectoire décrivant un arc-en-ciel, s’oriente vers son champ de blé avec détermination.

Soudain sur son radar un ovni se pointe.

Missile Amélie à son Général de Papa « Champ inconnu en vue, que faire ? Attends directives stop. A vous stop»

Général Papa " Bien reçu, si champ de blé (seulement) atterrissage toléré, après observation d'un échantillon pour étude au labo familial. A vous!"

Missile Amélie " Bien reçu papa, hum! champ inconnu très attirant, après minutieuses observations s'avère être un champ de cacao, plus exactement un champ de café, splendide spécimen, crâne dégarni, démarche chaloupée à la Garincha, tête bien pleine de rêves, détail important sait faire un signe de croix. Coucou tu m'offres un café?"

Général Papa (furieux) « Ordre de poursuivre itinéraire établi en famille sous peine de sévères sanctions. Elle a perdu le nord ma parole »

Pendant ce temps le missile Yapo junior, cheveux au vent (pardon le crâne luisant au soleil), tout là-haut lancé à la vitesse que vous savez, sa trajectoire décrivant un arc-en-ciel s’oriente vers sa quête de savoir résolument.

Soudain sur son radar un ovni se pointe.

Missile Yapo junior à son Général de papa « Mayday Mayday astre inconnu en vue que faire ? Attends directives stop. A vous stop. »

Général Papa « Bien reçu petit, Décrire l’objet, si astre venant du nord, attention espèce très nocive pour notre communauté. Etat-major ancestral après en avoir délibéré autour de la marmite vaudou, ordonne la poursuite de quête du savoir. Terminé à vous stop. »

Missile Yapo junior (à lui-même) Dieu de Dieu, après deux ans de solitude sur les quais de la Seine, voilà qu’un ange tant attendu me demande de lui offrir un café, je crois que j’ai du bol.

Général Papa Yapo (à Etat-major ancestral) « Rien ne va plus, missile Yapo en perte de mémoire, avoue impuissance à contrôler et réorienter la situation. Dernier passage signalé… Lille, mais, ça c’est le nord ma parole, les pavés, quelle galère mes boyaux »

Mes amis Bravo !

Ce soir-là grâce à votre détermination, votre parfaite harmonie, votre trajectoire avait décrit un arc de triomphe et offert à nos yeux enchantés l’effondrement du fameux MUR et ouvert à nous tous un regard nouveau, une soif nouvelle.

Les Généraux Delmas et Yapo après en avoir délibéré, après avoir pesé le pour et le contre, après avoir fumé le calumet de la paix.

En fait après avoir trouvé plus rusé qu’eux-mêmes avaient tiré une salve d’honneur .

Ce soir-là Maman Delmas, Maman Yapo, de vos silhouettes jaillissaient une belle sérénité. Votre silence était simplement d’or.

Rédigé par Pascal Nzonzi

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